Vendredi 16 mai 2008
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22:50
...22H49
Sure d'elle, elle a longtemps eu du mal à l'accepter. Tournicotant d'un côté de l'autre, elle adoptait le point de vue de tout le monde pour ne pas affirmer haut et fort qu'elle pensait avoir
raison, différemment. On ne sait jamais, des fois qu'ils lui en tiennent rigueur... c'était là un de ces points faibles. Elle voulait que tous le monde l'aime alors qu'elle avait du mal à s'aimer
telle qu'elle était. Longtemps elle a triché. Je la revois il y a dix ans; c'est à peu près à ce moment là qu'elle a changé. Pas elle, non; l'image qu'elle avait d'elle. Dans un miroir elle a
trouvé le courage d'ouvrir les yeux. Les gens continueraient à être les gens, et elle devait enfin être elle. Elle a tatillonné un peu au début, mais elle s'est rapidement rendu compte que c'était
grisant l'affaire... elle a même dû apprendre à tourner sept fois la langue dans sa bouche. La vérité des fois, ça fait mal au dent, alors... Quand je la croise, il m'arrive de l'observer de plus
près; Ces yeux, les petits plis qui se forment dans les coins quand elle rie, l'écho sur les lignes de son
front, les deux fossettes dans ces joues... depuis il ne se lissent plus autant; ceux du rire viennent se marier avec ceux de la colère. Tout d'abord imperceptible, cette union se poursuit,
s'installe; ça lui donne un charme qui n'a plus vingt ans... J'ai vu aussi ces quelques fils d'argents danser dans ses mèches indisciplinées. Timides au début, ils affirment par leurs présence le
temps qui passe inexorablement... Ce temps qui lui rappelle que la vie est trop courte pour s'embarrasser de pompeuses convenances qui pourtant, la rassure parfois. Elle aime à dire que la vie est
formidablement longue, et que l'on a le droit de faire des erreurs. C'est pourquoi aussi, elle a de moins en moins peur. Depuis que je la croise dans ce miroir chaque matin, j'ai fini par l'aimer
un peu, comme elle aime le temps qui passe.
22H50...aujourd'hui, j'ai trente ans.
Par Mema
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Publié dans : En Vrac
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